Exposition visible jour et nuit, 24h/24 et 7j/7, du 30 janvier au 29 mars 2026, à la Galerie Saint-Séverin. La visite est gratuite.

Une rencontre avec Lionel Sabatté aura lieu au printemps. Date à venir.
Elle sera animée par Paul-Louis Rinuy, directeur artistique de la Galerie Saint-Séverin.

Lionel Sabatté

Lionel Sabbaté est un peintre, dessinateur et sculpteur reconnu internationalement. Après s’être formé à l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts, il expose depuis une vingtaine d’années.  Il travaille des matériaux singuliers, souvent délaissés, comme les ongles, les peaux mortes ou la poussière, et questionne ainsi la relation complexe de l’homme à son environnement, dans une perspective existentielle. Il a été finaliste du prix Marcel Duchamp en 2025. Parmi ses dernières expositions, on note  Lionel Sabatté – Éclosion, au Musée d’Art moderne et contemporain de Saint-Étienne en 2021  et Lionel Sabatté – Pollens clandestins au Château de Chambord en  2023. Lionel Sabatté prépare pour l’automne 2026 une exposition au Musée de la Chasse et de la Nature, Paris. Ses œuvres sont visibles dans de grandes collections : Bibliothèque nationale de France ; Musée d’Art Moderne et Contemporain de Saint-Étienne Métropole, France ; Musée de la Chasse et de la Nature, Paris, France ; CNAP – Centre National des Arts Plastiques ; MASC, Musée de l’Abbaye Sainte-Croix, Sables d’Olonne, France ; La Maison Rouge – Fondation Antoine de Galbert, Paris, France.

Nous, poussières

Lionel Sabatté a fait de la poussière, ce presque rien qu’on remarque seulement pour la nettoyer, un de ses matériaux de prédilection. Sans qu’on sache vraiment pourquoi, au hasard d’une rencontre : « J’ai pris ce petit mouton de poussière, se souvient l’artiste, et j’ai commencé à le manipuler (…). Je me suis alors rendu compte qu’avec cette masse de poussière je formais un mouton. Mais il était gris, comme un loup. Alors j’ai fait un premier petit loup en poussière. »
La poussière est une matière organique commune, qui n’appartient à personne – nul ne se hasarderait à revendiquer la propriété d’un tas de poussière – mais qui garde les traces de tous les vivants contribuant à la produire, la transporter. Lionel Sabatté commence par la collecter avec soin. Il arpente ainsi l’échangeur de la station de métro-RER Châtelet-Les Halles pour composer le volume d’un premier Loup, dès 2012. L’aventure commence avec ce travail répétitif, monotone, au cœur de la vie quotidienne de ce million de personnes, parisiens ou touristes, qui s’y croisent chaque jour en y laissant un peu de leur ADN. Il s’agit, ensuite, de travailler ce volume informe, de l’agglutiner, de le modeler en une forme qui tienne. Avec ce mille fois rien que nul ne regardait, Lionel Sabatté donne corps à une sculpture, une fiction : la poussière devient toute une meute ou ce Loup de mai 2022, animal de légende qui hante nos forêts comme nos contes.
Cette poésie matérielle de la poussière et des rebuts de notre humanité -cheveux, peaux mortes ou rognures d’ongles- consonne singulièrement avec le verset de la Genèse, où Dieu dit à l’homme « Tu es poussière, tu retourneras à la poussière … » (Gn, 3, 19). Elle invite à lire en cette phrase qu’on proclame le Mercredi des Cendres pour ouvrir le Carême, non une condamnation ou un rappel de notre vanité, mais une réelle promesse. Adam, « modelé de la poussière (aphar) du sol (adama) » (Gn, 2, 7), fabriqué à l’image de Dieu, est aussi celui qui ne cesse de se relever pour vivre. Il est le frère du papillon éphémère, que Lionel Sabatté nomme Réparation en ajoutant à l’éclat bleu de ses ailes quelques rognures d’ongles dessinant une silhouette humaine. L’œuvre noue la mort et la grâce dans la fragile, la minuscule, présence de cet homme en croix.
Nous les vivants, nous poussières, dans une gloire de lumière.

Paul-Louis Rinuy, directeur artistique – janvier 2026

Paul-Louis Rinuy inaugure avec cette exposition sa mission de directeur artistique de la Galerie Saint-Séverin pour les années 2026-2027. Ecrivain et critique d’art (Narthex), il enseigne l’art contemporain à l’Université Paris 8 Vincennes Saint Denis et publie en 2026, « Une femme peut donc créer ! ». Sculptrices XIXe-XXIe siècle et Fragiles. Art contemporain et expérience de soi.

 

Légende photo à la une :

Le loup de mai 2012, 2022, moutons de poussière sur structure en métal, 75 x 150 x 60 cm, coll. particulière, photographie Rebecca Fanuele. @ avec la Courtesy de l’artiste

Oeuvre présentée :

Réparation du 10 01 2026, 2026, ongles, papillon et boîte d’entomologie, 26 x 19 x 6 cm. Photographie Rebecca Fanuele.
@ avec la Courtesy de l’artiste