Exposition visible jour et nuit, 24h/24 et 7j/7, du 1er avril au 2 juin 2026, à la Galerie Saint-Séverin. La visite est gratuite.

Une rencontre avec Hélène Mugot animée par Paul-Louis Rinuy, directeur artistique invité et Odile de Loisy, historienne de l’art a eu lieu
le 15 avril à la salle paroissiale de l’église Saint-Séverin, 3, rue des Prêtres-Saint-Séverin
de 18h30 à 20h.
Elle a été suivie d’un verre de l’amitié à la galerie.

 

Hélène Mugot

Hélène Mugot, formée à l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Paris et à la Villa Médicis à Rome, est une artiste plasticienne, qui invente dans des installations, des photographies et des sculptures des manières de « lustrer le monde pour qu’il brille et se voie ». Ses œuvres, exposées de multiples fois, sont conservées au Fonds national d’art contemporain, au Musée national d’art moderne, à la Bibliothèque nationale de France et dans de nombreuses collections privées.

« Depuis ma rencontre avec la lumière, depuis que tout mon travail tente de la révéler dans la chair multiple du monde, par fidélité à son extravagance, je me refuse fermement à la réduction déformante d’une seule stratégie, d’un unique point de vue ou d’un moyen récurent » http://www.helene.mugot.com/

Toute personne qui tombe a des ailes

Je ne sais pas à quoi songeait Hélène Mugot lorsqu’elle a glané ce cep de vigne, dans l’espace d’un champ.

Je ne sais pas si ce bois pourra jamais se relever, se redresser, ailleurs que dans notre désir, notre expérience de foi ici et maintenant. `

Je ne sais pas si cette sculpture n’est R.I.E.N. ou est R.I.E.N. L’étymologie du mot RIEN renvoie à REM, la chose réelle en latin, elle est, en elle-même, une vivante  contradiction.

Hélène Mugot a-t-elle aperçu une ombre de figure, au moment de ramasser le cep, avant de l’écorcer puis de le polir ?

Elle a soigneusement noirci la matière. Avec des cachets de cire rouge sang, elle    a pansé les brisures du bois mort qui ne portera plus ni sarments ni raisins.
Et le cep est devenu une promesse ouverte, qui fait écho à I.N.R.I. -Jésus de Nazareth Roi des  Juifs-  le titulus moqueur avec lequel on ironisa sur la mort de Jésus, le vendredi Saint.

En contemplant cette présence, je veux croire, avec la poétesse autrichienne Ingeborg Bachmann (Le jeu est fini, 1956), que Toute personne qui tombe a des ailes.

Chaque chute est une  résurrection, peut-être.

                                                                                 Paul-Louis Rinuy, directeur artistique invité – mars 2026

 

« Dieu n’est rien s’il n’est pas dépassement de Dieu dans tous les sens ; dans le sens de l’être vulgaire, dans celui de l’horreur et de l’impureté ; à la fin dans le sens de rien…

Nous ne pouvons ajouter au langage impunément le mot qui dépasse les mots, le mot DIEU ; dès l’instant où nous le faisons, ce mot se dépassant lui-même détruit vertigineusement ses limites. Ce qu’il est ne recule devant rien, il est partout où il est impossible de l’attendre : lui-même est une ÉNORMITÉ. Quiconque en a le plus petit soupçon, se tait aussitôt. Ou, cherchant l’issue, et sachant qu’il s’enferre, il en cherche en lui ce qui, pouvant l’anéantir, le rend semblable à Dieu, semblable à rien. »

                                                                   Georges Bataille, Préface de Madame Edwarda

 

 

Galerie Saint-Séverin, mercredi 15 avril,
rencontre avec l’artiste animée
par Paul-Louis Rinuy et Odile de Loisy.

 

Tout artiste est un regard singulier porté sur le réel, dans sa matérialité et ses blessures. Qu’a donc aperçu Hélène Mugot lorsqu’elle a trouvé ce cep de vigne, glané dans l’espace d’un champ ? Une ombre de figure, sans doute, qu’elle a ramassée, puis écorcée et polie. Ensuite, elle
en a soigneusement ponctué et pansé les brisures avec des cachets de cire rouge. En ce cep s’est révélé quelqu’un qui peut se relever, se redresser, tout en n’étant R.I.E.N. L’étymologie du mot RIEN renvoie à REM, la chose en latin, mais cette sculpture n’est pas une simple chose.

Réellement, ce cep est du bois mort ; il ne connaitra plus de nouveaux printemps, ne portera plus de sarments, de feuilles, de vrilles ou de grappes de raisin. Sauf dans notre attente et notre désir, notre expérience de foi ici et maintenant.

Le visible est l’attestation de l’invisible, sans quoi il serait vide et vain. R.I.E.N. est une promesse ouverte, qui fait écho à I.N.R.I. -Jésus de Nazareth Roi des Juifs- le titulus moqueur avec lequel on ironisa sur la mort de Jésus, le vendredi Saint.

Les quatre disques d’Icare viennent s’ajouter, après la Nuit pascale, à R.I.E.N. Leur installation conduit à décaler dans l’espace le cep-crucifix, à le transformer en une Pieta sans la présence de Marie. L’installation nous fait alors entrer en un avenir nouveau, marqué par l’union essentielle entre le ciel et la terre. Car la singularité du christianisme n’est pas de croire au ciel et à la terre, comme beaucoup d’autres religions. Les chrétiens seuls font du lien et de la circulation mystérieuse entre la terre et le ciel, de l’Ascension à la Pentecôte, le cœur de leur vie, de leur expérience humaine.

Dans la mythologie antique, Icare était ce héros audacieux tombé dans la mer pour s’être approché du soleil. A l’inverse du mythe, nous pouvons voir aujourd’hui en Icare une préfiguration de notre Assomption, à tout instant possible. La pupille dilatée qu’on voit
dans ces disques, comme brûlée par la lumière, nous invite à accepter de tomber, de mourir.

Toute personne qui tombe a des ailes, prophétisait la poétesse autrichienne Ingeborg Bachmann (Le jeu est fini, 1956). Toute chute est une résurrection, promise.

Paul-Louis Rinuy – avril 2026

 

Légende photo à la une :
R.I.E.N., 2011, cep de vigne écorcé, noirci au feu et ponctué sur les coupes de rameaux de cire rouge à cacheter, 90 x 70 cm, collection particulière © avec la Courtesy de l’artiste

Œuvre exposée :
ICARE
, 1986-2026, quadriptyque vertical, photographies Cibachrome et cadres en laiton doré, diamètres : 50, 30, 18 et 10 cm. Musée du Hiéron, Paray-le-Monial, collection particulière © avec la Courtesy de l’artiste