Exposition visible jour et nuit, 24h/24 et 7j/7,
du 18 octobre au 23 novembre 2026, à la Galerie Saint-Séverin. La visite est gratuite.

Une rencontre avec Mâkhi Xenakis animée par Paul-Louis Rinuy, directeur artistique invité aura lieu le 15 octobre à la salle paroissiale de l’église Saint-Séverin, 3, rue des Prêtres-Saint-Séverin de 18h30 à 20h.
Elle sera suivie d’un verre de l’amitié à la galerie.

 

Mâkhi Xenakis

Mâkhi Xenakis, née à Paris où elle vit et travaille, partage son temps entre dessin, sculpture, peinture et écriture. Boursière de la Villa Médicis hors les murs à New York, elle y a fait la rencontre décisive de Louise Bourgeois à laquelle elle consacre un livre –Louise sauvez moi ! Son œuvre est présente dans de multiples collections -Antoine de Galbert, Domaine de Chaumont-sur-Loire, Musée Zadkine, Fonds National d’Art Contemporain, Centre Pompidou, Manufacture nationale de Sèvres… Après de nombreuses expositions collectives et individuelles, elle exposera en 2027 au MAAT de Lisbonne et à la Maison de Balzac, à Paris.

 

« En 2004, effrayée à l’idée que mes sculptures, de retour à l’atelier, ne m’engloutissent avec elles dans leur oubli, je me suis mise à organiser des « Week-end d’adoptions ». (…) Les folles d’enfer ont, depuis ce temps, voyagé dans de nombreuses expositions et ont trouvé de nouvelles familles. Lors de leur exposition à Issoudun en 2020, j’ai rassemblé tous les prénoms choisis par leurs nouvelles familles et pris de leurs nouvelles. Je suis très émue par tous ces témoignages bouleversants qui prolongent dans d’autres vies que la mienne la magie que la Sculpture peut parfois provoquer en nous », Mâkhi Xenakis, février 2020.

 

Les folles d’enfer

Mâkhi Xenakis, invitée en 2004 à exposer  dans la chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière, s’est immergée dans les archives de l’Assistance Publique pour laisser venir à elle l’esprit des lieux : l’hôpital de la Salpêtrière a été le plus grand lieu d’enfermement de femmes depuis Louis XIV jusqu’à Charcot. Jusqu’à 8000 femmes, enfermées ensemble. Toutes celles dont la société patriarcale ne voulait plus : des mendiantes, des folles, des épileptiques, des adultérines, des orphelines, des juives, des protestantes, des aveugles, des crétines…

Mâkhi Xenakis a alors réalisé 260 sculptures en ciment armé teinté qui ont été installées dans la chapelle Saint-Louis, puis, dans les jardins de l’hôpital. Elle a simultanément écrit un livre Les folles d’enfer, publié aux éditions Actes Sud.

Nous exposons aujourd’hui 26 de ces figures, sorties de l’enfer de l’oubli et de l’enfermement, de la domination qui écrase la vie. Qui sont-elles pour nous ces figures filiformes aux drôles de frimousse, ces femmes de ciment et de fer qui nous regardent avec leur yeux d’ombre ? Pourquoi sont-elles à ce point  vibrantes, riches de vie et de fantaisie, chatoyantes de couleurs ? Pourquoi nous  dévisagent-elles ? Que veulent-elles au juste, ces folles d’enfer ?

Simplement exister, je crois, nous demander un regard, une attention. « Ne m’oublie pas, crient-elles silencieusement, emmène-moi dans ton cœur ou chez toi, sauve-moi de l’enfer pour me conduire dans ton pays, dans ton paradis, dans ta demeure. »

Près de 300 folles ou orphelines -Mâkhi en sculpte de nouvelles au fur et à mesure- ont été ainsi achetées, recueillies, adoptées. Le collectionneur leur donne un prénom -Constance, Iphigénie, Bleuette, Ma toute mignonne, Mon écouteuse …-  et envoie des nouvelles au fil du temps. « Elle vit chez moi et parfois je lui parle », écrit une collectionneuse. « Clémentine devient figure tutélaire de notre nouvelle maison et Joséphine protège la chambre », confie une autre. Une autre encore « Je m’inquiète parfois pour elles, elles semblent fragiles dans ce monde pressé où la lenteur et la fragilité dérangent. »

Quand, tout à l’heure, la lumière s’éteindra, sur le trottoir comme dans la vitrine, quand l’obscurité recouvrira la ville, la vitre s’ouvrira pour laisser ces figures s’évader de la prison où elles furent enfermées. Elles rejoindront les sculptures de la façade de l’église Saint-Séverin, tout ce peuple des statues parisiennes, dans nos squares, nos églises, nos lieux collectifs, qui veillent sur notre vie de tous les jours et nous protègent.

Dans le monde antique, les statues étaient des déesses ou des dieux qu’on enchaînait parfois pour les empêcher de quitter notre monde. Dans la foi catholique -explicite ou non-, dans notre univers contemporain, chaque figure en trois dimensions est une altérité qui nous renvoie mystérieusement au tout Autre, nous protège, nous nourrit, nous fait vivre. Ces silhouettes  bariolées de Mâkhi Xenakis déchirent la grisaille du quotidien de l’existence et augmentent en nous Energie, Paix et Vie. Telle est la puissance, réelle, de la sculpture.

                                                   Paul-Louis Rinuy, directeur artistique invité – septembre 2026

 

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Mâkhi Xenakis, Les folles d’enfer de la Salpêtrière, 2026, détail de l’installation à la Galerie Saint-Séverin, ciment armé teinté. Photographie © Mâkhi Xenakis.